[English Below]
Place du Tertre, à quelques 130 mètres d’altitude dominant Paris, offre un spectacle quotidien aux saveurs artistiques de tous temps.
Avant d’être la place du village, c’étaient les dépendances de l’Abbaye des Dames de Montmartre qui s’y trouvaient. Quant aux ateliers d’artistes, il n’y en avait tout simplement pas. Pour les trouver, à vous de vous aventurer dans tous les petites rues des alentours. Peut-être vous y croiserai-je…
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Les yeux se ferment, et les pensées dessinent cet espace intime.
Je le perçois qui se réveille petit à petit, le matin, où les pavés ne sont pas encore foulés par les millions de visiteurs annuels. Ce Montmartre qui se réveille tôt, où l’on salue les ouvreurs des restaurants dressant leurs plus belles tables, où l’on croise le regard des artistes installant avec adresse leurs chevalets.
Encore une nouvelle journée Place du Tertre, point culminant de Paris, n’en déplaise aux défendeurs de Belleville.
Parmi tous les cafés de Paris, ceux des terrasses de la Place du Tertre m’invitent dans cette danse suspendue d’un Paris disparu. Nietzsche soulignait que « le Diable se cache dans les détails ». Ça tombe bien, des détails, il y en a plein. Mes préférés, ce sont ces pastilles métalliques sur le sol, numérotées de 1 à 150. Elles créent un espace d’un petit mètre carré, où naît l’essence de la créativité.
Ici de l’aquarelle, là-bas, de l’acrylique, et là, un fusain pour révéler les visages d’un passant, d’ici où de là-bas. J’entends le frottement sur le papier encore vierge. D’abord un œil (règle d’or), et d’un geste habile se dévoile l’harmonie des proportions pour figer un visage.
Les odeurs des vieux livres d’histoire de Montmartre me plongent dans cette histoire unique, lorsque la Place du Tertre n’était pas celle d’un village, mais où se dressaient les dépendances de l’ancienne Abbaye des Dames de Montmartre, devenues restaurants et lieux de fêtes. Un lieu de culte donc, avant d’inspirer les âmes d’artistes. Ne pourrait-on pas y voir une forme d’héritage d’une spiritualité qui s’exprime dans les élans de créativité ? La fumée des cafés et les vapeurs d’alcools ne sont-elles pas les effluves d’un passé qui traverse les âges et les frontières ?
Cette absence de temporalité, où les couleur sur les toiles se révèlent à coup de pinceaux, avec la même vigueur que les places en terrasses se gagnent parfois à coups de coude. Les frontières n’ont plus leur place dans cet espace dense, que mes pas foulent au sein de cette cohue aux multiples visages et aux éclectiques langages.
Des contrastes qui prennent vie ces matins d’hiver où les rares passants se perdent sous le regard des habitués. Lors de ces journées de printemps où les amants se promènent avec légèreté. Je la ressens aussi les soirs d’été où les esprits se libèrent, préparant les nuits d’automne d’une saison qui s’achève, avant de reprendre de plus belle avec la même rythmique.
Mon âme embrasse cette mélodie que j’aime tant. C’est l’heure, ma rêverie s’achève au son d’une voix me demandant si je prends un allongé, comme d’habitude.
Car oui, certaines habitudes ne sont pas faites pour être changées.
« Aujourd’hui, il y aura deux allongés, un pour moi, et un pour vous qui lisez, et si vous n’aimez pas le café, ne vous en fates pas, car à Montmartre, tout est possible, croyez-moi… ».
À très vite…
Place du Tertre, rising some 130 meters above Paris, offers a daily spectacle infused with the artistic flavors of every era. Before it became the village square, the site was occupied by the outbuildings of the Abbey of the Dames de Montmartre. As for artists’ studios, there were simply none here. To find them, you must wander into the surrounding narrow streets. Perhaps I’ll cross your path there…
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Eyes close, and thoughts begin to sketch that intimate space.
I sense it waking, little by little, in the early morning, when the cobblestones have yet to be trodden by the millions of visitors who will soon arrive. This Montmartre that rises with the dawn, where one greets the restaurant hosts setting their finest tables, where glances are exchanged with artists deftly arranging their easels.
Another new day begins at Place du Tertre, the highest point in Paris, much to the dismay of Belleville’s defenders.
Among all the cafés of Paris, those lining the terraces of Place du Tertre draw me into a suspended dance of a vanished Paris. Nietzsche once wrote that “the devil is in the details.” How fitting, details abound here. My favorites are those small metal discs set into the ground, numbered from 1 to 150. Each one marks out a space barely a square meter wide, giving birth to the essence of creativity.
Here, watercolor; there, acrylic; and over there, charcoal revealing the face of a passerby, from here or from elsewhere. I hear the soft friction against untouched paper. First an eye (the golden rule), and with a skilled gesture, the harmony of proportions unfolds, capturing a face in stillness.
The scent of old books recounting Montmartre’s history immerses me in its singular past, when Place du Tertre was not yet a village square, but the site of the outbuildings of the former Abbey of the Dames de Montmartre, later transformed into restaurants and places of festivity. A place of worship, then, before it became a haven for artistic souls. Might we not see in this a lingering trace of spirituality, expressed through bursts of creativity? Are the curling wisps of café smoke and the vapors of spirits not the echoes of a past drifting across time and borders?
There is a sense of timelessness here, where the blank spaces of artists’ canvases vanish beneath color, with the same intensity as terrace seats are sometimes claimed with the nudge of an elbow. Borders lose their meaning in this dense space, where my steps merge into the throng, faces countless, languages wonderfully diverse.
Contrasts come alive on winter mornings, when the few wandering passersby drift beneath the watchful eyes of regulars. On spring days, lovers stroll lightly through the square. I feel it too on summer evenings, when spirits are set free, giving way to autumn nights that mark the close of a season, only for it all to begin again, with the same steady rhythm.
My soul embraces this melody I cherish so deeply. It is time. My reverie fades at the sound of a voice asking if I’ll have a long coffee, as usual.
Because yes, some habits are not meant to be changed.
“Today, there will be two long coffees: one for me, and one for you who are reading. And if you don’t like coffee, don’t worry, here in Montmartre, anything is possible. Believe me…”
See you very soon…










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