Au coin des rues se trouve le carrefour des possibles.
L’un de mes préférés est le coin de la rue du Chevalier de la Barre et de la rue du Mont-Cenis. Je m’y pose régulièrement, tous les jours en réalité. Le restaurant s’appelle Au Petit Creux, lieu d’inspiration merveilleux. Cet angle de rue est particulier, car il voit passer les touristes venant du Sacré-Coeur souhaitant flâner ensuite Place du Tertre. Que serait un itinéraire à Montmartre sans passer par là ?
Le matin, des habitués, l’après-midi, des passagers, le soir, les ambiguïtés.
Dans tous les cas, des découvertes qui ne cessent d’alimenter mon imaginaire.
Les angles de rue, ce sont les angles des histoires qui ne se raconteront pas, comme celle-ci, ayant eu lieu plus bas, dans Paris, un jour…
Je n’ai pas vu son visage mais j’ai deviné sa beauté
Il est 18 heures.
Je suis en terrasse, dans le 9è arrondissement de Paris, au croisement de la rue Lafitte et de Châteaudun. Observer quelqu’un disparaître derrière un angle de rue me fascine. Pendant quelques secondes, l’espace d’un instant, je vois cette silhouette se mouvoir dans ma réalité. Elle est là, se rapproche, avance, s’éloigne.
Parfois je peux l’entendre parler, quelques mots, une voix… Parfois, je croise son regard. Plus rarement, je lui souris. C’est alors un dialogue avec moi-même qui se profile, où je m’amuse à imaginer d’autres réalités. 10 secondes… 30 secondes… et soudain, plus rien. Un clin d’œil suffit à transformer toute cette histoire en souvenir.
Combien de silhouettes se perdent aux angles des rues, aux points de fuite de l’inattendu ?
Combien d’histoires prendront forme dans les pensées plutôt que dans la réalité ?
La prochaine fois, j’irai lui parler, prétexter l’impossible pour donner vie à l’indicible.
Et ce jour-là, nous disparaîtrons ensemble à ce coin de rue.
Des histoires comme celles-ci, j’en vis chaque jour dans ce coin de rue de Montmartre. Quelle chance de pouvoir m’imaginer les vies de ces personnes qui se promènent le haut de la butte ! Café dans la main gauche, stylo dans la main droite, le carnet se remplit au fur et à mesure des passages, des remarques, des sourires, et, parfois, des conversations qui naissent lorsque deux esprits curieux décident de causer.
« Un autre allongé, s’il te plaît ».
Ça y est, une histoire peut commencer, reste à savoir où elle va se terminer.
At every street corner lies a crossroads of possibilities.
—
One of my favourite stands at the intersection of Rue du Chevalier-de-la-Barre and Rue du Mont-Cenis. I stop there regularly (actually, every day). The restaurant is called Le Petit Creux, a wonderful place of inspiration. This corner is unique because it welcomes the stream of visitors descending from the Sacré-Cœur, eager to continue their wanderings toward Place du Tertre. After all, what would a Montmartre itinerary be without passing through here?
In the morning, there are the regulars. In the afternoon, the passersby. In the evening, the ambiguities.
In every case, there are discoveries that never cease to nourish my imagination.
Street corners are the meeting points of stories that will never be told, except within the imagination. Stories like this one, which took place further down the hill, somewhere in Paris, one day…
I Never Saw Her Face, Yet I Guessed Her Beauty
It is six o’clock in the evening. I am sitting on a terrace in Paris’s 9th arrondissement, at the corner of Rue Lafitte and Rue de Châteaudun. Watching someone disappear around a street corner fascinates me. For a few fleeting seconds, for the briefest moment, I see a silhouette moving through my reality. She is there, approaching, advancing, drifting away. Sometimes I can hear her speak, a few words, a voice… Sometimes, our eyes meet.
More rarely, I smile. And then a conversation with myself begins, as I entertain the possibility of other realities.
Ten seconds… thirty seconds… and suddenly, nothing.
A single glance is enough to turn the entire story into a memory.
How many silhouettes are lost around street corners, at the vanishing points of the unexpected?
How many stories will take shape in our thoughts rather than in reality?
Next time, I will go and speak to her, inventing the impossible to give life to the unspeakable. And on that day, we will disappear together around that corner.
Stories like these are my everyday life in this corner of Montmartre.
What a privilege it is to imagine the lives of those who wander along the heights of the hill.
A coffee in my left hand, a pen in my right one, my notebook gradually fills with passing moments, stray remarks, smiles, and sometimes conversations born when two curious minds decide to talk.
« Another long coffee, please. »
There it is. A story can begin. The only question is where it will end.







Pas (encore) de commentaires